Dose Létale Nicotine, 20mg par ml, Origine? Une simple et horrible erreur de calcul?

NDLR : Merci à Mickael Hammoudi de nous avoir autorisé à reprendre son article https://www.facebook.com/notes/micka%C3%ABl-hammoudi/dose-l%C3%A9tale-nicotine-20mg-par-ml-origine-une-simple-et-horrible-erreur-de-calcul/10155471267723121/?comment_id=10156721451888121&notif_id=1566386586747543&notif_t=comment_mention

Dose maximale autorisée : une fâcheuse erreur de calcul !

A travers cet article, je vous offre un voyage dans le temps, celui où le 36mg a fini d’exister en France de manière légale. Mais quelle est la dose létale de la nicotine? Sur quoi se sont basé l’Europe et la France pour définir ce seuil maximum de 20mg par millilitre? Quels sont les études, les références ou encore les erreurs?Est-ce une simple et horrible erreur de calcul ? A vous de juger cette chronologie…

I) – Septembre 2010 : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM)L’Afssaps (Nouvellement ANSM) : La nicotine bloque la transmission nerveuse d’un certain type de neurones et provoque après plusieurs minutes des effets sur les systèmes digestif (salivation, vomissements, diarrhée), respiratoire, cardio-vasculaire (hypertension, tachycardie), neurologique (tremblements des extrémités) pouvant aboutir à une perte de conscience avec convulsions, à une insuffisance respiratoire et éventuellement au décès. La quantité de 40 mg par ingestion ou par contact cutané peut être mortelle pour une personne adulte, alors que les enfants sont probablement plus sensibles (on peut estimer qu’un enfant développera des symptômes d’intoxication pour des doses supérieures à 0,1 mg/kg).La nicotine est toujours utilisée dans certains pays comme insecticide mais ne l’est plus en France (décision de retrait du 14 mars 2009, JORF n°0062). II) – 30 Mai 2011, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM)L’Afssaps (Nouvellement ANSM) a mené une évaluation pour déterminer le statut des cigarettes électroniques notamment selon l’objectif revendiqué et la concentration en nicotine contenue dans les cartouches. Les cigarettes électroniques et leurs recharges répondent à la règlementation du médicament lorsqu’elles présentent l’un des critères suivants :Elles revendiquent l’aide au sevrage tabagique, la quantité de nicotine contenue dans la cartouche est supérieure ou égale à 10 mg, la solution de recharge “e-liquide” a une concentration de nicotine supérieure ou égale à 20 mg/ml. Pour ces 3 situations, le dispositif électronique constituant la cigarette répond à la définition de dispositif médical et doit à ce titre disposer d’un marquage CE

III) – Burt Mayer 4 octobre 2013 Arch Toxicol. 2014; 88(1): 5–7. Published online 2013 Oct 4. doi: 10.1007/s00204-013-1127-0 (NDLR : Il s’agit en fait de Bernd Mayer )

L’inadéquation entre la dose létale généralement acceptée et les cas documentés d’intoxication à la nicotine pose la question de la véritable source de la dose de 60 mg. Les recherches bibliographiques et sur Internet ont fourni des références circulaires et souvent trompeuses à des bases de données ou à des manuels, qui indiquent simplement la dose sans référence ou se réfèrent à un autre manuel, etc. Pour donner un exemple, la déclaration suivante se trouve sur la page Web du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies : “La dose humaine fatale a été estimée à être d’environ 50 à 60mg ( Lazutka et al., 1969 ). Cependant, Lazutka et al. décrire la détermination des valeurs de DL 50 pour les souris et les rats et ne pas même mentionner la toxicité humaine (Lazutka et al., 1969 ). Le deuxième article cité sur ce site Web (Lehman 1949 ) a été publié en 1949, et aucun ne fournit de données à l’appui (Lehmann, 1949 ). La projection de la littérature allemande publiée avant la Seconde Guerre mondiale a finalement révélé des références à un manuel publié en 1906 par Rudolf Kobert (1854-1918), pharmacologue de renom et pionnier de la toxicologie en Allemagne. Dans le chapitre sur la nicotine de son Lehrbuch der Intoxikationen , Kobert fait la déclaration suivante (Kobert 1906 ):

<<La dose létale de nicotine pure est également difficile à déterminer, car elle se décompose facilement un peu et, d’autre part, contient surtout plus ou moins d’eau; cependant, en accord avec les symptômes sévères évoqués chez plusieurs expérimentateurs de 0,002-0,004 g, il ne va certainement pas dépasser 0,06 g.>>

Il ne fait aucun doute que ce court paragraphe, pas particulièrement convaincant, représente l’origine réelle de la dose létale de nicotine à laquelle nous nous référons encore plus de 100 ans plus tard.

IV) – Note n°2014-01: résultats de l’enquête ETINCEL-OFDT (novembre 2013)

Mi-décembre, les 28 États membres de l’Union européenne ont trouvé un accord sur cette future « directive tabac », pour lutter contre le tabagisme et mieux encadrer le marché de la cigarette électronique. Ainsi, la vente de ce produit serait interdite aux moins de 18 ans, les pays qui le considèrent comme un médicament pourraient continuer à le faire (sans obligation pour les autres, comme la France), la concentration maximale en nicotine serait fixée à 20 mg/ml (un seuil rarement voire jamais dépassé dans les points de vente français) et la Commission européenne présenterait d’ici deux ans un rapport sur les risques sanitaires liés à cet usage.

Cet accord devrait être entériné en février-mars 2014 par le Parlement européen et les États membres réunis en séance plénière avant d’être définitivement adopté. Ensuite, chaque pays aura deux ans pour transposer cette directive dans sa législation nationale, ce qui signifie qu’elle n’entrera pas en vigueur avant 2016. Enquête ETINCEL-OFDT

V) – Lettre à la Commission le 16 Janvier 2014 :

Et vu que la commission ne sait pas lire manifestement des données, La Commission cite (1) les articles du Dr Farsalinos (2,3) pour justifier le fait que 20mg/ml de nicotine équivaut le rendement d’une cigarette. Le Dr Farsalinos a écrit à la Commission pour dire que ces résultats avaient été mal interprétés. Plusieurs personnes de renoms dans le milieu avaient connaissance de cette absurdité et se sont targuer d’un courrier à la commission le 16 Janvier 2014 concernant l’article 18 de la DPT (TPD) devenu par la suite l’article 20.

Mesdames, Messieurs, Lettre à la Commission

Signataires : Professor Jean-Francois Etter, PhD Dr Konstantinos Farsalinos, MD Professor Peter Hajek, PhD Dr Jacques Le Houezec, PhD Dr Hayden McRobbie, MB ChB PhD Professor Chris Bullen, MBChB, PhD Professor Lynn T. Kozlowski, PhD Dr Mitchell Nides, PhD Professor Dimitris Kouretas, MD Professor Riccardo Polosa, MD, PhD Dr Karl Fagerstrom, PhD Professor Martin Jarvis, Dsc Dr Lynne E. Dawkins, PhD Dr Pasquale Caponnetto, Assistant Professor, Researcher Professor Jonathan Foulds, PhD
Nous faisons partie des scientifiques réputés dans le domaine du tabac et de la cigarette électronique (e-cigarette), et dont les recherches ont été citées par la Commission européenne et d’autres institutions impliquées dans le contrôle du tabac. Nous comprenons que la Commission et les Députés européens veulent s’assurer que les fumeurs qui veulent passer à la e-cigarette puissent avoir facilement accès à des e-cigarettes les plus sûres possibles. La e-cigarette devenant de plus en plus populaire, il y a un impératif étique et intellectuel à construire une législation basée sur des données scientifiques solides. L’enjeu est important car le tabac tue 700 000 citoyens européens chaque année. Plusieurs des considérants et le contenu de l’Article 18 de la Directive sur les produits du tabac (DPT) concernant la e-cigarette ne sont pas basés sur une bonne interprétation des données scientifiques . Cette lettre a été rédigée dans le but de vous aider à comprendre les résultats scientifiques en lien avec le texte actuel de la DTP.

1. La comparaison du mode d’administration de la nicotine par le tabac et la cigarette électronique dans la DTP

Texte de la DTP: Le considérant c) pour l’Article 18 dit: “Les liquides contenant de la nicotine ne peuvent être autorisés selon cette Directive que si leur concentration en nicotine ne dépasse pas 20 mg/ml. Ce niveau de concentration est similaire à la dose délivrée par une cigarette standard durant le même temps d’utilisation.”

Ce que dit la science: La Commission cite (1) les articles du Dr Farsalinos (2,3) pour justifier le fait que 20mg/ml de nicotine équivaut le rendement d’une cigarette. Le Dr Farsalinos a écrit à la Commission pour dire que ces résultats avaient été mal interprétés. Ses recherches, au contraire, montrent qu’un e-liquide à 20 mg/ml produit moins d’un tiers de la nicotine délivrée par une cigarette (4,5). Il faut en fait 50mg/ml pour obtenir à peu près l’équivalent d’une cigarette. Toutes les autres études publiées confirment cela (6-9). Environ 20 à 30% des utilisateurs de cigarette électronique utilisent des liquides de plus de 20mg/ml (8,10). Ces liquides plus concentrés sont souvent utilisés par les fumeurs les plus dépendants, ayant un risque tabagique plus élevé, et qui peuvent le plus bénéficier de l’utilisation de la cigarette électronique. La majorité de ces fumeurs très dépendants ont besoin de plus de 20mg/ml pour passer de la cigarette au vapotage.

2. Les assertions de la DPT sur la toxicité de la nicotine

Texte de la DTP: Le considérant f) pour l’Article 18 dit: “Etant donné que la nicotine est une substance toxique…” et la Commission assure que “La dose létale aiguë de nicotine chez un adulte est estimée à environ 60 mg” (11)

Ce que dit la science: L’une des justifications pour limiter la concentration de nicotine dans les cigarettes électroniques à 20mg/ml est justifiée par l’assertion que des concentrations plus élevées seraient dangereuses. Ce n’est pas la cas. Des personnes ayant ingéré des doses 60 fois plus élevées n’ont eut que des nausées et des vomissements, sans autres effets indésirables (12). L’assertion par la Commission que 60mg de nicotine est une dose létale provient d’auto-expériences douteuses rapportées dans un livre de pharmacologie de 1856, et n’a jamais été remise en cause depuis (13). L’intoxication par le tabac, les substituts nicotiniques ou les liquides pour cigarette électronique sont extrêmement rares. De plus il n’y a aucun risque de sur-dosage par la voie pulmonaire. De même qu’avec les cigarette conventionnelles, une dose trop forte provoque des nausées , et la personne arrête d’inhaler bien avant un quelconque sur-dosage ou des effets délétères (pour une revue de la question, voir 14). Des bouchons avec une sécurité enfant sont suffisants pour éviter que de jeunes enfants n’avalent du e-liquide.
3. L’exigence de la DPT pour une délivrance consistante de la nicotine

Texte de la DTP: L’Article 18.3 dit “Les Etats membres doivent s’assurer que:… (f) les cigarettes électroniques délivrent la dose de nicotine de façon consistante”

Ce que dit la science: Le concept médical de “délivrance consistante” est inappropriée pour un produit de consommation courante utilisé à volonté. Les fumeurs, les utilisateurs de tabac non fumé, ou de cigarette électronique déterminent spontanément la quantité de nicotine qu’ils absorbent selon leurs besoins individuels ou temporels. Les utilisateurs d’un même type de cigarette électronique peuvent avoir des différences en termes d’absorption qui varient d’un facteur 20 (4,5,15). Les contrôles de qualité des différentes marques est nécessaire afin d’assurer une consistance dans la quantité de nicotine contenue dans les e-liquides, mais demander une consistance dans la délivrance de la nicotine par la cigarette électronique n’a aucun sens. Il n’existe aucune exigence de ce type en ce qui concerne les cigarettes ou le tabac non fumé.

4. L’exigence de la DPT que les fabricants de cigarettes électroniques fournissent des données sur l’absorption de nicotine pour chaque produit

Texte de la DTP: L’Article 18.2 exige que les fabricants notifient 6 mois avant la mise sur le marché d’un nouveau produit ou d’une modification substantielle d’un produit existant, en particulier : “l’information sur la dose de nicotine et son absorption “

Ce que dit la science: Comme développé ci-dessus, les données sur la délivrance de nicotine n’apporteront pas de bénéfice au consommateur, mais impliqueraient des coûts élevés inutiles. Aucune exigence de ce type existe pour les fabricants de tabac, et cela, avec les autres exigences réglementaires proposées, ne feraient qu’avantager le marché des cigarettes, bien plus dangereuses pour la santé.

5. L’exigence de la DPT de limiter les fioles de e-liquide à 10ml, et les réservoirs à 2ml

Texte de la DTP Article 18.3 a): “les e-liquides contenant de la nicotine ne peuvent être mis sur le marché que dans des fioles de recharge n’excédant pas un volume de 10 ml, des cigarettes électroniques jetables, ou des cartouches à usage unique. Les cartouches et les réservoirs ne doivent pas excéder un volume de 2 ml”

Ce que dit la science: Cette proposition semble motivée par la préoccupation sur la toxicité potentielle des e-liquides, ce qui est basé sur une mauvaise information (voir ci-dessus). Les cigarettes électroniques n’ont jusqu’à présent pas fait preuve d’un tel danger (16). Au niveau mondial, un seul cas fatal a été rapporté chez une enfant ayant avalé le contenu de e-liquide d’un flacon ouvert (17). La proposition de la Commission de n’accepter que de petits contenants ne peut que multiplier les manipulations de e-liquide, créant ainsi un risque plus grand d’accidents et augmentant le coût pour les utilisateurs. L’alternative utilisée pour les produits chimiques ou ménagers, comme l’eau de javel , est que le risque est diminué par le sens commun, les avertissements sur les emballages et les bouchons de sécurité enfants sur les contenants.

6. L’hypothèse de la DTP selon laquelle la cigarette électronique serait une porte d’entrée dans le tabagisme

Texte de la DTP Considérant h) de l’Article 18 dit: “Les cigarettes électroniques peuvent devenir une porte d’entré dans la dépendance à la nicotine, et finalement dans le tabagisme, car elles miment et normalisent l’acte de fumer. Pour cette raison, il faut adopter une position restrictive en regard de leur publicité.”

Ce que dit la science: L’effet de porte d’entrée dans le tabagisme est donnée en support d’une approche restrictive. Les données existantes ne suggèrent pourtant pas que les cigarettes électroniques ont un tel effet. L’utilisation quotidienne de cigarette électronique par des non-fumeurs a été évaluée dans deux études, qui n’ont pas révélé une telle utilisation (18, 19). Aux USA, 1 à 2% des enfant ont expérimenté la cigarettes électronique, mais aucun n’est devenu utilisateur régulier (20). Au contraire, 54% des adolescents européens de 15-16 ans ont essayé au moins une fois de fumer des cigarettes, et 88% des fumeurs réguliers adultes ont commencé de fumer avant l’âge de 18 ans (21, 22). Les preuves sont donc plutôt pour une porte de sortie du tabagisme, puisque au moins un certain nombre de fumeurs de tous âges réduisent ou arrêtent leur consommation de tabac lorsqu’ils commencent à utiliser une cigarette électronique. Cependant, l’utilisation chez les adolescents non-fumeurs devra être suivie de près dans le futur.

En conclusion, les cigarettes électroniques présentent un bon profil de sécurité et pourraient devenir une porte de sortie, plutôt qu’une porte d’entrée dans le tabagisme. Les utilisateurs devraient pouvoir identifier le produit et le dosage qui leur convient, plutôt que ce soit la réglementation qui décide pour eux ce qu’ils doivent utiliser. Une réglementation basée sur les preuves et proportionnée doit être mise en œuvre, et toutes les parties prenantes doivent être impliqués dans ce processus de réglementation. Si elles sont réglementées de façon appropriée, les cigarettes électroniques ont le potentiel de faire disparaître les cigarettes de tabac et de sauver des millions de vies dans le monde. Une réglementation excessive, au contraire, ne ferait que contribuer à maintenir les niveaux existants de maladies, de morts et de coûts de santé dus au tabagisme.

VI) – Rapport OFT : 30 Avril 2014 Rapport sur la cigarette électronique demandé par le Ministère de la Santé.

Ces recommandations sont issues d’un consensus d’experts de l’OFT obtenu en avril 2014 après une recherche progressive par la méthode Delphi.

70 Un flacon de 10 ml de nicotine à 20 mg/ml contient 200 mg de nicotine. La dose réputée létale chez un non-fumeur (naïf de nicotine) est de 60 mg. Bien que cette dose létale soit probablement plus élevée, la prudence s’impose avec la nicotine en solution dans les e-liquides.

Adler Marion, Bertrand Dautzenberg , Garelik Daniel, Loubrieu Jean-François, Peiffer Gérard, Perriot Jean, Rouquet Rose-Marie, Schmitt Audrey, Underner Michel, Urban Thierry.VII) La suite et ses dérivés? Vous les connaissez, notamment l’étiquetage mais ça c’est un autre chapitre…

pour aller plus loin …

Author: Grand Mogul

Grand Mogul de Vapapapa, créateur super occupé, carburant au café et au Mother's Milk
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